Depuis quelques années, la mode unisexe s’impose progressivement comme une tendance de fond, bien au-delà d’un simple effet de mode. Elle remet en question des siècles de normes vestimentaires genrées et invite à repenser notre rapport aux vêtements, à l’identité et à la liberté d’expression.
Traditionnellement, les vêtements ont toujours été catégorisés : d’un côté, les pièces dites “féminines” associées à la douceur, la finesse ou la sensualité ; de l’autre, des tenues dites “masculines”, synonymes de force, de rigueur ou de sobriété. Ces codes se retrouvent dans les coupes, les matières, les couleurs, et influencent encore largement la manière dont les marques conçoivent leurs collections et les consommateurs choisissent leurs tenues.
Mais aujourd’hui, une nouvelle génération bouscule ces repères. De plus en plus de personnes souhaitent s’habiller selon leur style personnel plutôt que selon leur genre assigné. La frontière entre vêtements “pour homme” et “pour femme” devient plus floue. Certains choisissent des coupes oversize, d’autres mêlent des éléments traditionnellement masculins et féminins, et beaucoup revendiquent simplement le droit de porter ce qu’ils aiment, sans étiquette.
Comme l’explique le concept store bruxellois Appart17, la mode unisexe, ou non-genrée, s’inscrit dans cette logique de liberté. Elle ne cherche pas forcément à gommer les différences, mais plutôt à proposer une alternative plus fluide, plus inclusive, et plus créative..
Qu’est-ce que la mode unisexe ? : Une approche plus libre de l’habillement
La mode unisexe désigne des vêtements conçus pour être portés par tous, sans distinction de genre. Contrairement aux vêtements “mixte” qui peuvent simplement convenir à tous, la mode unisexe cherche à sortir des catégories homme/femme dès la conception des pièces.
Cela se traduit souvent par des coupes droites, oversize ou neutres, des matières polyvalentes et des styles épurés. Les créateurs s’affranchissent des stéréotypes liés aux genres : pas de “rose pour les filles” ni de “bleu pour les garçons”, pas de corsetage d’un côté et d’épaulettes de l’autre, mais des silhouettes libres, souples, modulables.
Dans la mode unisexe, l’individu prime sur l’étiquette. Il ne s’agit pas d’uniformiser tout le monde, mais de permettre à chacun de choisir les vêtements qui lui correspondent sans se sentir limité par des normes sociétales.
Certaines marques ont d’ailleurs choisi de ne plus catégoriser leurs collections, de proposer des rayons uniques, ou encore de faire porter leurs pièces par des mannequins de tous genres, pour montrer la polyvalence des créations.
La mode unisexe s’inscrit donc dans une démarche plus globale : celle de la déconstruction des rôles genrés, mais aussi celle de la revalorisation du confort, de l’authenticité et de la liberté vestimentaire.
Une tendance portée par les jeunes générations : La génération Z, moteur du changement
L’essor de la mode unisexe est en grande partie lié à l’évolution des mentalités chez les jeunes, notamment la génération Z, qui bouscule de nombreux codes traditionnels. Cette génération refuse les étiquettes figées et valorise l’expression de soi, la diversité et l’inclusivité dans toutes ses formes.
Pour beaucoup de jeunes, les vêtements sont un moyen d’affirmation personnelle, pas un outil de conformité. Ils n’hésitent pas à mélanger les styles, à porter des robes avec des baskets, à adopter des pantalons larges, des chemises amples ou des accessoires non genrés. Ce n’est plus le genre du vêtement qui compte, mais ce qu’il exprime.
Les réseaux sociaux ont également joué un rôle dans cette transformation. Sur TikTok ou Instagram, des influenceurs et influenceuses s’affichent librement avec des tenues androgynes ou mixtes, montrant que le style peut être libre, fluide et affranchi des normes traditionnelles.
Les créateurs ont su capter cette nouvelle sensibilité. Des marques comme Telfar, Collina Strada, One DNA ou encore des maisons de luxe comme Gucci ou Balenciaga, explorent cette frontière floue entre masculin et féminin, avec des collections souvent présentées sans distinction de genre.
Cette dynamique reflète un changement sociétal profond : les vêtements ne sont plus un marqueur d’identité de genre, mais un outil d’émancipation stylistique. La mode devient plus inclusive, plus expressive et moins codifiée.
Le rôle des marques dans l’évolution des codes : Une nouvelle responsabilité créative et sociale
Les marques ont un rôle central à jouer dans la transformation des codes vestimentaires. Si certaines ont anticipé ce mouvement, beaucoup s’y adaptent aujourd’hui sous la pression de la demande et des nouvelles attentes des consommateurs.
Concevoir une collection unisexe ne se limite pas à proposer quelques t-shirts larges. Cela suppose de repenser les coupes, les tailles, les campagnes marketing et même l’organisation des points de vente. Les tailles doivent être inclusives, les visuels de communication doivent représenter la diversité, et les produits doivent être pensés pour convenir à tous les corps, sans compromis sur le style.
Certaines enseignes ont supprimé la séparation « homme/femme » dans leurs rayons pour proposer une expérience d’achat plus fluide. D’autres investissent dans la formation de leurs équipes, pour adopter un discours plus neutre, plus respectueux des identités.
Mais le rôle des marques va au-delà du produit : elles peuvent être actrices du changement culturel, en valorisant des modèles différents, en soutenant des causes inclusives, ou en collaborant avec des artistes, créateurs et communautés engagés dans la lutte contre les stéréotypes.
L’enjeu est aussi commercial : une marque qui ose sortir des sentiers battus attire de nouveaux clients, se différencie dans un marché concurrentiel, et construit une image plus forte, plus en phase avec son époque.
Un impact au-delà du style : vers une mode plus éthique et durable : Le vêtement unisexe, un choix aussi écologique et responsable
Au-delà de l’aspect identitaire, la mode unisexe peut aussi répondre à des enjeux écologiques et économiques. En effet, une pièce unisexe peut être portée par plusieurs personnes au sein d’un foyer, se transmettre plus facilement, et même avoir une durée de vie plus longue, car elle échappe aux tendances genrées éphémères.
Certaines marques unisexe adoptent une démarche de production plus responsable : séries limitées, matériaux durables, vêtements multifonctions ou évolutifs. La neutralité des formes et des couleurs permet souvent une meilleure modularité, une moindre obsolescence stylistique, et donc une réduction de la surconsommation textile.
Par ailleurs, l’unisexe peut contribuer à limiter les invendus liés à une segmentation trop stricte des gammes. Moins de collections genrées signifie moins de gaspillage, plus de souplesse dans la gestion des stocks, et donc un meilleur équilibre entre style, durabilité et rentabilité.
Cette convergence entre inclusivité, durabilité et confort fait de la mode unisexe une réponse pertinente aux défis de demain. Elle n’est pas seulement une tendance stylistique, mais un changement global de paradigme, à la croisée du social, de l’éthique et du fonctionnel.